Camping et taiji...
Pour des rencontres internationales de tai ji quan, je suis parti pour quelques jours camper près des vignes de Jasnières. Me voici au volant de ma voiture cherchant les fameuses vignes. Partout des champs de blé moissonnés, et des champs de maïs probablement monsantesques. Pas l’ombre d’un cep de vigne à photographier.
Situé au bord d’un lac, (avec baâase de loisirs,) le camping pourrait sembler de bon standing, mais confort et luxe n’ont pas cours dans la « prairie » où, comme chaque année, j’ai choisi de planter ma tente près de celles des autres pratiquants de taiji.
Mon intérêt pour le tai chi exige des sacrifices : le plus gros est ...le camping.
Comme j'ai passé l'âge de me contorionner dans une tente 2 places, je me suis offert la "8 places palace" pour moi tout seul,(que je partage avec les copains en cas de pluie) et j'ai transporté dans ma voiture un matelas mousse. Une seule fois, j'ai renoncé au camping pour m'offrir une chambre d'hôtes et je me suis em..quiquiné grave loin des autres...La seule chose qui me consolait c'était qu'il pleuvait cette année là et que j'étais bien à l'abri.
Malgré le matelas mousse, chacune de mes vertèbres s'est rapellée à mon bon souvenir.
Nous sommes environ deux cents à partager ce pré écrasé de soleil et les quelques sanitaires
basiques et minables. Mais rien ne me ferait choisir un emplacement ombragé « chez les riches ». Ici, on partage le café matinal, les guèpes, les chansons,
puis les rires étouffés, tard dans la nuit, on met en commun ronflements, alcools, et jeux. J’ai ici la place pour
tenter de faire voler *mes cerfs volants dont ce superbe dragon. Entre deux arbres un fil a été tendu (bas) pour s’essayer au funambulisme. Certains peaufinent discrètement leurs « séquences avec
armes » : canne de combat , épée, sabre, éventail , bâton.(discrêtement parce que c’est plus ou moins interdit à cet endroit : cachez ce sabre que ne sauraient voir ces jeunes
têtes blondes à qui on offre des imitations de mitraillettes ou la possibilité de zigouiller tout ce qui bouge sur console) .
Les ateliers ont lieu le matin à l’extrème bout de la prairie sous le soleil, l’après midi nous traversons le lac pour assister tous ensemble à des démonstrations (différentes techniques-différentes écoles), puis nous entamons le « tui shou » traduction : poussée des mains.
Pour qui nous voit danser ainsi pendant des heures, deux par deux, sans distinction (de sexe , d’age , de taille ou autre), pour qui nous voit rigoler après avoir poussé ou avoir été poussé , nous devons sembler complètement fadas. Une simplification serait de dire que ce "jeu" ressemble à « je te tiens tu me tiens par la barbichette », une autre serait de dire que le premier qui pousse l’autre a "gagné" ; mais « l’essentiel est invisible pour les yeux » il ne s’agit pas d’une bête poussée brutale, on est dans un art martial interne, c’est plus un travail qu’une bagarre et il m’est impossible d’expliquer pourquoi, souvent, fusent les rires du poussé ou du pousseur ou des deux.(la barbichette est la meilleure explication).
J'ai servi d'interprète pour un atelier de bâton animé par un professeur américain, dans ma traduction, je glissais vannes et jeux de mots qui laissaient un peu perplexe le prof qui ne pensait pas avoir dit qq chose de drôle.
Nous nous sommes quittés dans un dernier éclat de rire collectif(c'est la tradition).
J'ai fini de démonter la tente et j'ai repris ma route en écoutant "Satyagraha"...ils me manquaient déjà...
* tenter –bien dans un camping –ne veut pas dire réussir...