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le-rhinoceros-regarde-la-lune

gratuité des études médicales ?

5 Avril 2011 , Rédigé par Zigmund Publié dans #coups de gueule

Dans ce blog comme dans la vraie vie, je suis quelqu'un d'assez zen  je me mets rarement en colère

Nos gouvernants ? ils me consternent plutôt ,et  si par malheur  ils rempilent, j'ai envisagé l'exil vers le pays de mes blogamis Walrus et Adrienne (ou alors  me lancer dans le vaudou ? ).

Non il y a une chose qui me met hors de moi, c'est qu'on rende les médecins responsables des déserts médicaux. Dans un article précédent j'abordais le problème à partir d'un article de atoute. Cet article était une réponse à l'intervention d'un professeur dans le monde. A ce sujet deux consoeurs étaient intervenues sur leur blog

fluorette

et gélule.

Depuis, j'ai passé un peu de temps à lire ce qui est écrit sur les blogs à ce sujet.

résumons rapidement les bêtises  qu'on lit en commentaire à droite comme à gauche

 

"Ah ces méchants médecins libéraux qui se dorent la pilule au soleil pendant que les vieux agonisent dans leurs campagnes sous-médicalisées !

 

Le sujet est récurrent et chaque article sur les déserts médicaux reçoit son lot de commentaires poujadistes :

 

C’est nous qu’on paye, y’a qu’à les forcer à s’installer dans les campagnes, merde !"

(extrait de Atoute : le beurre l'argent du beurre et la crémière libérale)


je ne reviendrai pas sur le problème des déserts médicaux que j'ai déjà plusieurs fois abordé, mais sur l'assertion scandaleuse et  très répandue que nos études de médecine sont gratuites et  financées par la collectivité.

Colère écrivais-je plus haut , là c'est carrément "bave aux lèvres "  il est où le punching ball ?

Gélule  répond avec calme à ces âneries et ses dessins mettent une goutte d'humour dans son billet sur la gratuité.

 Je ne peux pas inviter mes parents sur mon blog donc je vais vous livrer ma version du financement des études de médecine.

J'ai commencé mes études de médecine quelques années après 1968 .

A cette époque les amphis étaient encore pleins à 70% de fils de médecins (et de quelques filles).

Si les études de médecine avaient été prises en charge par la collectivité  il faudra qu'on m'explique pourquoi  il y avait si peu de "prolétaires" et pourquoi il y en a si peu encore.

Mes parents n'étaient pas médecins, ils étaient  un peu trop riches pour que je bénéficie d'une bourse. Comme le dit Gélule il a fallu financer l'inscription en faculté (même prix qu'ailleurs)une chambre meublée,  et des bouquins  qui valaient cher (allez regarder le prix d'un Rouvière la bible d'alors en anatomie). A partir de la quatrième année  nous allions le matin à l'hôpital comme apprentis ou "vas chercher" et nous étions payés 1/5 ème de SMIG pour 4 h par jour de travail et des gardes.

Pendant les vacances scolaires nous avions la possibilité de travailler comme infirmiers et ce salaire me semblait royal. 

En septième année j'ai passé un an en stage interné dans une petite ville

...enfin je considère avoir été interné dans cette ville. De garde un jour sur deux,(y compris dimanches et fêtes) les autres jours minimum 8h de travail, le tout pour un SMIG.

J'ai supporté pendant un an, la petitesse d'esprit de certains confrères et le mépris d'une partie du personnel soignant qui nous voyait comme de futurs "nantis". La lutte des classes j'étais pile poil au milieu et je n'avais qu'une envie : sortir de cette prison.

Sous couvert d'enseignement, les hopitaux périphériques s'offraient à prix concurrentiel un médecin, certes débutant, quasi à demeure (qui pouvait aussi servir d'infirmier, de brancardier ou de manipulateur radio.

Dès ma libération j'ai foncé au CHU  pour proposer mes services en ophtalmologie. Pendant quatre ans, j'ai travaillé gratuitement tous les jours (avec quelques gardes) comme ophtalmologiste au CHU en échange d'un enseignement qui là, m'a été dispensé avec qualité.

Mes parents, puis mon épouse ont financé ces douze longues années , je voudrais que quelqu'un vienne m'expliquer à quel moment ma formation de médecin a couté un sou à la sainte collectivité ?

Mais celui là, quelle que soit son étiquette politique, qu'il approche armé jusqu'aux dents.




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vgaryga 24/12/2011 02:44


Bonjour. Vous lire me réjouit ! Je viens de découvrir votre blog et ai déjà parcouru quelques articles. Cet article-ci m'a particulièrement frappé puisque c'est un "refrain" que j'entends de
manière quasiment pluri-hebdomadaire. J'avais lu la planche de Gélule à laquelle vous faites référence et je l'avais trouvée très bien tournée : un zeste d'humour et beaucoup de vérité. Pour ma
part, je n'en suis qu'au début de mes études mais j'ai ce sentiment désagréable d'être pris en feux croisés dans la bataille des classes sociales... La lecture de cet article est d'autant plus
d'actualité que gauche et droite commencent à se poser sérieusement la question d'un service obligatoire dans les zones rurales pour les jeunes médecins. Finalement, la synthèse la plus sensée
que j'ai entendues sur l'état actuel de l'exercice de la médecine est globalement celle-ci : le médecin est devenu un objet de rejet social même si les patients sont individuellement plutôt
satisfaits du travail de leur médecin et des relations qu'ils ont avec lui. Cette ambivalence du statut du médecin me tourmente. Dans les moments de doute, je tente de me rappeler que si je veux
être médecin, c'est parce que je vois l'acte de soin comme l'acte le plus noble qui soit à la portée du genre humain. Délire idéaliste ou mauvaise tentative de justification rationnelle d’un
choix d’études, je ne sais le dire... Vos billets - et ceux de vos confrères médecins-blogueurs - aiguisent mon esprit, le font douter, me donnent envie de continuer ; et pour cela je vous suis
reconnaissant.

Au plaisir, @vgaryga.

Zigmund 24/12/2011 07:40



merci est bienvenue ! quelle que soit la justification que nous donnons à l'aventure, il faut continuer et aller au bout des études .


une fois installé on gère la "lutte des classes" au quotidien avec l'âge on ne se laisse plus monter sur les pieds . il est facile de montrer qu'aujourd'hui en pratiquant une médecine "lente" et
humaine on ne s'enrichit pas, même s'il n'est pas question de se plaindre.


j'ai la nostalgie de mes études et je dis souvent que si j'avais trouvé un mécène(qui a dit "sans frontières ? ") j'aurais poursuivi l'étude d'autres spécialités, approfondi plein de choses dans
la mienne ,  retenté le PC1 comme ça, pour voir et recommencé les 5 années qui suivent mais sans les stages ...


donc tenez bon  et bon noel



mape 10/04/2011 00:19


Je ne sais pas si quelqu'un à déjà donné ce lien là -> https://sites.google.com/site/reponseaumonde/ il me semble que tu ne le site pas et je trouve la réponse très bien faite donc...
Bonne continuation !


Zigmund 10/04/2011 00:31



bonjour


j'avoue ne pas avoir voulu lire les commentaires à l'article du pr camilleri


je n'ai pas réussi à faire fonctionner le lien


je vais essayer encore


merci bp



Berthoise 07/04/2011 19:17


Demain, j'ai prévu de faire des origamis avec mes élèves : poisson et grenouille. Alors je pense à toi. Bises.


Zigmund 07/04/2011 21:31



pas facile la grenouille pour des gamins


déjà enseigner l'origami aux adultes c'est chzaud


bravo berthoise



Adrienne 07/04/2011 17:33


j'arrive un peu tard et je n'ai pas le temps de lire tous les commentaires donc peut-être vais-je répéter ce que d'autres ont déjà dit...
mais je dirais simplement qu'il est de ces assertions auxquelles il vaut mieux ne pas répondre: quand il y a mauvaise foi, toutes nos explications n'y changeront rien... hélas
concentre-toi sur le positif ;-)
on le sait bien, nous qui te lisons, que ces études sont chères et longues
mon frère habite en Haute-Loire, il a pris rendez-vous chez un ophtalmo en février et il pourra y aller cet automne
alors haut les coeurs, tu fais un métier indispensable et j'espère que tu pourras encore l'exercer avec amour, malgré les paperasses et toutes les autres difficultés!


Zigmund 07/04/2011 21:34



je suis amoureux fou de mon métier malgré ces prises de tête


merci adrienne



zigmund 07/04/2011 00:29


@NP la teinture (même si elle s'estompe) garantit ici la liberté :-)


Zigmund 09/04/2011 07:40



...