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le-rhinoceros-regarde-la-lune

lettre d'une philosophe à la ministre

 Madame Marisol Touraine,

       Ministre des Affaires Sociales et de la Santé
                    14 avenue Duquesne
                    75007 Paris
 
 
Le 07 novembre 2012 ,                   
                                                                             Madame La Ministre,
 
 
                Permettez-moi de vous faire part de quelques réflexions nées dans la circonstance actuelle de la polémique sur l’exercice de la médecine libérale.
                La santé est hors de prix parce que sans prix, or la santé a un coût. Notre pays est habitué à une certaine gratuité de la santé, cela n’est pas sans répercussion dans les mentalités. Si la santé est hors de prix, car au delà de tout prix, un bien précieux, et un luxe, c’est qu’elle est reçue. On est ou pas en bonne santé. Avant d’être malade, on n’est pas malade, disait une amie chère et pneumologue ! Si la santé est un bien reçu, accordé aux uns et moins aux autres, s’il y en dans la santé de l’arbitraire et l’injustice ; il y a lieu de le corriger : toute justice humaine, justice sociale, s’activera à rendre les soins accessibles à tous. Or, si la santé n’a pas de prix, cela peut signifier deux choses contradictoires : la santé est hors du circuit économique ; et c’est bien là l’impression que peut avoir le patient qui n’a pas accès au coût, ni des médicaments qui lui sont prescrits, ni des soins dont il bénéficie. Il ne voit pas le prix, il n’en débourse pas la pièce, en tout cas pas directement. C’est la santé qui est sans prix. Mais si la santé n’a pas de prix, cela veut aussi dire qu’elle est bien ce pour quoi nous tous, nous acceptons de faire des sacrifices. Or, il n’est pas juste de demander que soient faits ces sacrifices aux acteurs des plateaux techniques lourds (chirurgiens, obstétriciens, anesthésistes). Avec tact et mesure -dit le code de déontologie médicale- doivent être fixés les honoraires médicaux et chirurgicaux. Avec tact et mesure…
 
                Ainsi donc, si la santé est sans prix, les soins quant à eux, ont un coût, comme le coût des équipements techniques ou encore du fonctionnement du cabinet. Et dans le prix du soin se trouve également la valeur du soignant. Certains diront que la renommée se monnaye, que l’excellence se paie, certes. Jusqu’à une certaine mesure, jusqu’à un certain tact. Cependant, la considération est plus large qu’il n’y parait : encadrer de la sorte les honoraires sans avoir réévalué les tarifs conventionnés, c’est accorder une valeur, un prix, une estime aux soignants qui se sont installés sur ce sol. S’il n’est pas légitime, pire s’il est scandaleux, de considérer que tout a une valeur d’achat, que tout a un prix, a fortiori lorsqu’il s’agit de rendre compte de la valeur d’un homme, le soignant, il est tout aussi violent de déconsidérer cet homme… Ai-je du prix parce que je vaux cher ? Bien sûr que non. Heureusement non ! En revanche que les médecins se sentent déconsidérés parce que leur rémunération est jugée trop haute, voilà qui rend bien compte de la considération et de la valeur que vous donnez à nos médecins. Ce n’est pas la hauteur de la rémunération qui va juger de l’importance du corps de métier, ce n’est pas sa place dans la société non plus, il faut l’espérer encore ; mais encadrer, limiter sans tact, ni mesure, c’est dire sans décence aux praticiens français libéraux : « vous ne le valez pas ». C’est ôter une grande valeur aux mains qui soignent pour restaurer cette santé sans prix et aux coûts et contraintes croissants ; car il ne sera jamais vrai que ces mains ne sont que des doigts. Il existe des mains qui se referment sur le gain avidement. Que ces mains là soient sanctionnées, mais, Madame la Ministre, ne bradez pas les autres.
 
Je vous prie de recevoir, Madame la Ministre, mes respectueuses salutations.
Natacha GERARD,

                                                                                                                                                    Philosophe.

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