racisme ordinaire
Ils étaient là, une bonne dizaine dans la grande salle d'attente de l'hôpital, venus d'un autre monde.
Ca se passait bien avant que la couleur de votre peau ou vos cheveux crépus, vous oblige à montrer patte blanche à chaque coin de rue.
Venus d'un grand pays d'Afrique francophone, ils accompagnaient le patriarche, un saint homme respecté , dont les yeux étaient en grand danger. Ils plaçaient toute leur confiance en nous, et avaient visiblement voulu nous faire l'honneur de leurs plus beaux atours ; ils portaient de superbes vêtements traditionnels, tous étaient d'une beauté et d'une noblesse à vous couper le souffle. Les trois épouses du chef étaient rayonnantes mais inquiètes. Le garde du corps était le seul vêtu à l'européenne. Le boss allait donc examiner ce chef musulman reconnu et extrêmement célèbre dans son pays. Alors, quand le patron m'a confié l'examen de la réfraction du fils aîné, étudiant dans une école coranique, j'étais fier et très impressionné par cette mission toute simple...
Pour mesurer les lunettes du jeune homme, j'ai du traverser le service.(le fronto focomètre=la machine qui mesure les lunettes se trouvait à l'autre bout du service)
Et c'est là que j'ai rencontré EB, un interne qui m'avait remplacé une ou deux fois. Ce garçon, issu de la grande bourgeoisie provinciale, sortait tout juste d'un cocon familial, où on ne passe à table que coiffé, rasé, chemisé et cravaté(voire "noeud papillonné") et où on se vouvoie systématiquement. "Nous n'avions pas les mêmes valeurs", certes, mais nous entretenions des rapports courtois voire cordiaux.
A EB qui s'étonnait de me voir là avec cette paire de lunettes dans les mains, j'ai répondu : "je vais mesurer les lunettes de Monsieur B " Et toute ma vie je me souviendrai de sa réponse : "tu vas quand même pas faire des lunettes à un n*gre !".
Je n'ai plus revu EB qui ne m'a plus jamais remplacé...